Freud — Corpus & Glossaire

Incohérence des rêves

La semblante d'incohérence apparente des rêves, qui devient compréhensible lorsqu'on sait les analyser, selon Vaschide (p. 146).

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 31 · confiance 0.90

La semblante d'incohérence apparente des rêves, qui devient compréhensible lorsqu'on sait les analyser, selon Vaschide (p. 146).

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Le songeur est un acteur qui joue à volonté les fous et les sages, les bourreaux et les victimes, les nains et les géants, les démons et les anges » (p. 222). Le marquis d’Hervey, contre lequel Maury a engagé une violente polémique, et dont, en dépit de tous mes efforts, je n’ai pu me procurer l’ouvrage, paraît avoir été le plus énergique défenseur du rendement intellectuel du rêve. Maury dit à son sujet ( le Sommeil, p. 19) : « M. le marquis d’Hervey prête à l’intelligence, durant le sommeil, toute sa liberté d’action et d’attention et il ne semble faire consister le sommeil que dans l’occlusion des sens, dans leur fermeture au monde extérieur ; en sorte que l’homme qui dort ne se distingue guère, selon sa manière de voir, de l’homme qui laisse vaguer sa pensée en se bouchant les sens ; toute la différence qui sépare alors la pensée ordinaire de celle du dormeur, c’est que, chez celui-ci, l’idée prend une forme visible, objective, et ressemble, à s’y méprendre, à la sensation déterminée par les objets extérieurs ; le souvenir revêt l’apparence du fait présent. » Pour Maury, « il y a une différence de plus et capitale, à savoir que les facultés intellectuelles de l’homme endormi n’offrent pas l’équilibre qu’elles gardent chez l’homme éveillé ». Vaschide, qui nous fait connaître le livre d’Hervey plus exactement, dit que cet auteur s’exprime de la manière suivante sur l’incohérence apparente des rêves : « L’image du rêve est la copie de l’idée. Le principal est l’idée ; la vision n’est qu’accessoire. Ceci établi, il faut savoir suivre la marche des idées, il faut savoir analyser le tissu des rêves ; l’incohérence devient alors compréhensible, les conceptions les plus fantasques deviennent des faits simples et parfaitement logiques » (p. 146). Et un peu plus loin (p. 147) ; « Les rêves les plus bizarres trouvent même une explication des plus logiques quand on sait les analyser. » J. Stärcke a fait remarquer qu’un vieil auteur, Wolf Davidson, qui m’était inconnu, avait défendu en 1799 une théorie analogue de l’incohérence des rêves (p. 136) : « Les bonds singuliers que l’imagination fait dans le rêve ont tous leur cause dans les lois de l’association ; mais comme ces relations nous demeurent très obscures, nous croyons souvent à un bond des représentations alors qu’il n’y en a point. » L’échelle des appréciations portées sur le rêve, considéré comme produit psychique, a une vaste étendue. Du mépris le plus profond, dont nous connaissons déjà l’expression, en passant par le pressentiment d’une valeur non découverte encore, elle va jusqu’à mettre le rêve bien au-dessus de la veille. Hildebrandt, qui résume la psychologie du rêve en trois antinomies, oppose dans la dernière les deux opinions extrêmes (p. 19) : « Tantôt il intensifie la vie mentale jusqu’à la virtuosité, tantôt il diminue et abaisse la vie de l’esprit bien au-dessous du niveau de l’humanité. « Pour ce qui est du premier aspect, nous savons tous par expérience que le génie du rêve déploie parfois dans la création et l’organisation une profondeur de sensibilité, une tendresse de sentiments, une clarté d’intuition, une finesse d’observation, une présence d’esprit que nous devons modestement avouer n’être pas toujours les nôtres durant la veille. Le rêve a une poésie merveilleuse, d’excellentes allégories, un humour incomparable, une ironie délicieuse. Il considère le monde dans un jour particulier qui l’idéalise, et souvent, avec un sens profond de son essence, il grandit encore l’effet de cette apparition. Il nous présente la beauté terrestre avec un éclat vraiment céleste, la grandeur dans sa plus haute majesté, ce que l’on sait effrayant sous la forme la plus horrible, le risible d’une manière indescriptiblement comique ; parfois même nous sommes, après le réveil, si pleins d’une de ces impressions qu’il nous semble que le monde réel ne nous a jamais rien montré de tel. » On en vient à se demander si ces remarques méprisantes et ces appréciations enthousiastes s’appliquent bien au même objet. Les uns auraient-ils négligé des rêves absurdes, les autres des rêves profonds et fins ?