Freud — Corpus & Glossaire

Puissance divinatoire attribuée au rêve

Référence aux discussions sur la capacité du rêve à prédire l'avenir.

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 32 · confiance 0.90

Référence aux discussions sur la capacité du rêve à prédire l'avenir.

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On en vient à se demander si ces remarques méprisantes et ces appréciations enthousiastes s’appliquent bien au même objet. Les uns auraient-ils négligé des rêves absurdes, les autres des rêves profonds et fins ? Et n’est-il pas vain de chercher à caractériser le rêve en général quand il existe des rêves si différents ? Ne suffirait-il pas de dire que tout est possible en rêve, depuis la plus profonde dégradation de la vie intellectuelle, jusqu’à une exaltation de cette même vie au-dessus du niveau de la veille ? Si commode que cette solution puisse paraître, elle a contre elle ce fait que les efforts de tous les spécialistes tendent vers une explication valable dans tous les cas, et susceptible de concilier les contradictions. Il est certain que la valeur du rêve a été reconnue plus facilement à l’époque intellectualiste maintenant dépassée, où la philosophie possédait une suprématie que lui ont enlevée les sciences naturelles. De nos jours, nous avons peine à comprendre des affirmations telles que celles de Schubert, qui voyait dans le rêve la libération de l’esprit à l’égard de la nature, la délivrance de l’âme sortant des chaînes de la sensibilité, et d’autres jugements analogues portés par J. H. Fichte 16 , par d’autres. Tous considéraient le rêve comme une exaltation de la vie de l’esprit. De nos jours, seuls les mystiques et les dévots répètent de semblables appréciations 17 . La pénétration d’une pensée scientifique a agi sur l’estime portée au rêve. Ce sont précisément les auteurs médicaux qui sont le plus tentés de déprécier l’activité psychologique du rêve, tandis que les philosophes et les observateurs non professionnels, les psychologues amateurs – dont en ce domaine il ne convient pas de négliger les contributions –, maintiennent la valeur psychique du rêve ; ils sont en cela plus proches du sentiment populaire. Celui qui sous-estime le fonctionnement psychique du rêve insiste évidemment sur une étiologie somatique ; celui qui reconnaît à l’âme endormie la plus grande partie de ses aptitudes de veille n’a pas de raison de lui dénier la possibilité de provoquer ses rêves. Parmi les activités supérieures attribuées au rêve, celle de la mémoire paraît la plus frappante ; nous avons indiqué en détail les observations qui le montrent. Les anciens auteurs ont souvent loué, parmi les supériorités du rêve, le fait qu’il jouait librement dans le temps et l’espace ; on voit aisément que c’est une illusion. Ce n’est là, ainsi que le remarque Hildebrandt, qu’un avantage illusoire : le rêve dispose du temps et de l’espace comme la pensée de la veille et seulement parce qu’il est une forme de la pensée. Il semble que le rêve ait sur le temps un autre avantage et qu’il en soit indépendant en un autre sens. Des rêves tels que celui de la guillotine, de Maury, sembleraient prouver que le rêve peut en un temps très court contenir plus de perceptions que notre activité psychique pendant la veille. Mais cette thèse a été combattue par de multiples arguments. Depuis les travaux de Le Lorrain et d’Egger sur « la durée apparente des rêves », il y a eu à ce sujet une discussion intéressante ; elle ne semble pas d’ailleurs avoir éclairci définitivement cette question épineuse 18 . De nombreuses relations et le recueil de Chabaneix paraissent montrer d’une manière indiscutable que le rêve reprend les travaux intellectuels de la journée et peut les amener à des résultats qu’ils n’avaient pas atteints pendant le jour. Il résout des doutes et des problèmes, il peut être, pour des poètes et des compositeurs, la source de nouvelles inspirations. Mais si le fait lui-même est incontesté, son interprétation se heurte à nombre d’objections de princip e 19 . Enfin la puissance divinatoire attribuée au rêve est une cause de discussions où des assurances obstinées et répétées se heurtent à des doutes difficiles à dissiper. Il convient de ne pas refuser toute réalité à ce fait, parce que, pour toute une série de cas, la possibilité d’une explication psychologique naturelle est peut-être très proche. VI. Les sentiments moraux dans le rêve