L’interprétation des rêves (1899)
La responsabilité de l'individu pour ses pensées et actions, y compris dans le rêve.
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Dans le rêve l’homme conserve une nature morale : « Tandis que nous acceptons une erreur de calcul grossière, une extravagance scientifique, un anachronisme bouffon, nous continuons cependant à distinguer le bien et le mal, le juste et l’injuste, le vice et la vertu. Pour tant que nous ayons perdu durant notre sommeil de notre savoir de la journée, l’impératif catégorique kantien nous demeure, il est lié à nous, même endormi nous ne saurions nous en défaire… Cela ne peut s’expliquer que parce que la moralité est si solidement liée à la nature humaine qu’elle ne saurait être prise dans le jeu kaléidoscopique auquel se livrent, pendant le rêve, l’imagination, l’intelligence, la mémoire et les autres facultés de ce rang » (p. 45 sq.). Plus la discussion s’avance, plus on constate d’étranges changements et de singulières inconséquences de part et d’autre. Logiquement, tous ceux qui croient que la personnalité morale sombre dans le rêve devraient cesser de s’intéresser aux rêves immoraux. Ils ne devraient pas plus rendre le rêveur responsable de ses rêves, ni conclure de la perversité de ses rêves à celle de sa nature, qu’ils ne concluent pendant la veille de l’absurdité des rêves à la nullité intellectuelle. Les autres, ceux qui considèrent que l’« impératif catégorique » s’étend au rêve même, devraient accepter pleinement la responsabilité des rêves immoraux ; il faudrait seulement leur souhaiter des rêves tels qu’ils n’eussent point à douter de leur propre vertu. Mais il semble bien que nul ne puisse savoir avec tant de précision jusqu’à quel point il est bon ou mauvais, et que nul ne puisse nier avoir quelques rêves immoraux. Les auteurs des deux parties s’efforcent, en effet, en dépit de leurs jugements opposés sur la moralité du rêve, d’expliquer l’origine des rêves immoraux. Une nouvelle opposition se fait jour alors entre ceux qui la recherchent dans les fonctions de la vie psychique et ceux qui la recherchent dans des influences somatiques. Ainsi les faits obligent les défenseurs de la responsabilité pendant le rêve, comme ceux de l’irresponsabilité, à reconnaître que l’immoralité du rêve a une source psychique particulière. Ceux qui croient à la persistance de la moralité se gardent toutefois d’accepter la pleine responsabilité de leurs propres rêves. Haffner dit (p. 24) : « Nous ne sommes pas responsables de nos rêves, parce que notre pensée et notre volonté manquent à ce moment des fondements sans lesquels notre vie ne peut avoir de vérité ni de réalité… C’est pourquoi une volonté où une action de rêve ne peuvent être assimilées à un vice ou à une vertu. » Toutefois l’homme est responsable de ses rêves coupables dans la mesure où il les a indirectement provoqués. Il a, avant de s’endormir, le devoir de purifier son âme comme pendant la veille, et d’une manière toute particulière. L’analyse de ce mélange d’acceptation et de refus de la responsabilité à l’égard du contenu moral du rêve est poussée plus avant chez Hildebrandt. Après avoir indiqué que la manière dramatique dont le rêve décrit les faits, l’entassement des réflexions les plus compliquées dans le plus petit espace de temps, la perte de sens et la confusion des images doivent être pris en considération quand on parle de l’immoralité du rêve, il déclare cependant qu’il convient de réfléchir longuement avant de rejeter toute responsabilité dans les péchés ou les fautes du rêve. « Quand nous voulons repousser d’une manière définitive une accusation injustifiée, spécialement une accusation qui porte sur nos projets et nos intentions, nous disons : “Je n’y aurais jamais pensé même en rêve !” Par là, sans doute, nous entendons d’une part que le domaine des rêves est le dernier pour lequel on puisse nous demander des comptes de nos pensées, parce qu’elles y sont à tel point détachées de notre être propre qu’on peut à peine les considérer comme encore nôtres ; mais d’autre part, en niant expressément l’existence de ces pensées dans ce domaine, nous donnons à entendre que notre justification ne serait pas entière si elle n’allait pas jusque-là.