Freud — Corpus & Glossaire

Pensées-contrastes

Révelations des profondeurs et replis de l'être humain qui sont généralement fermés pendant la veille, selon Hildebrandt (p. 55)

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 35 · confiance 0.90

Révelations des profondeurs et replis de l'être humain qui sont généralement fermés pendant la veille, selon Hildebrandt (p. 55)

Voir le passage source
Après avoir indiqué que la manière dramatique dont le rêve décrit les faits, l’entassement des réflexions les plus compliquées dans le plus petit espace de temps, la perte de sens et la confusion des images doivent être pris en considération quand on parle de l’immoralité du rêve, il déclare cependant qu’il convient de réfléchir longuement avant de rejeter toute responsabilité dans les péchés ou les fautes du rêve. « Quand nous voulons repousser d’une manière définitive une accusation injustifiée, spécialement une accusation qui porte sur nos projets et nos intentions, nous disons : “Je n’y aurais jamais pensé même en rêve !” Par là, sans doute, nous entendons d’une part que le domaine des rêves est le dernier pour lequel on puisse nous demander des comptes de nos pensées, parce qu’elles y sont à tel point détachées de notre être propre qu’on peut à peine les considérer comme encore nôtres ; mais d’autre part, en niant expressément l’existence de ces pensées dans ce domaine, nous donnons à entendre que notre justification ne serait pas entière si elle n’allait pas jusque-là. Et je crois que nous parlons selon la vérité, bien que inconsciemment » (p. 49). « On ne peut imaginer une action de rêve dont le motif premier n’aurait pas traversé l’esprit pendant la veille, sous forme de souhait, de désir ou d’impulsion » (p. 52). Cette première impulsion, il faut le dire, le rêve ne l’a pas inventée, il n’a fait que la reproduire, l’amplifier, il a travaillé sur le peu de matière que nous lui offrions et lui a donné une forme dramatique ; il a réalisé le mot de l’Apôtre : celui qui hait son frère est un assassin. Et si, après le réveil, conscient de sa force morale, on rit des tableaux de ce rêve coupable, on ne saurait rire de la matière originelle qui a servi à le former. On se sent responsable des égarements du dormeur, non de leur somme totale, mais d’un certain pourcentage. « Bref, si nous comprenons en ce sens, indiscutable, la parole du Christ : les pensées mauvaises jaillissent du cœur, nous avons peine à ne pas croire que toute faute commise pendant le rêve entraîne avec elle tout au moins un obscur minimum de culpabilité. » Hildebrandt voit donc la source de l’immoralité des rêves dans les germes et les indices d’impulsions mauvaises qui traversent chaque jour notre conscience sous forme de tentations, et il n’hésite pas à compter ces éléments immoraux dans son appréciation de la valeur morale de la personnalité. Ce sont les mêmes pensé es et la même appréciation qui de tout temps ont fait dire aux hommes pieux et aux saints qu’ils étaient de grands pécheurs 22 . Il n’est pas douteux que ces représentations-contrastes sont fréquentes chez la plupart des hommes et point seulement dans le domaine moral. Elles n’ont pas été toujours étudiées d’une manière précise. Spitta cite (p. 144) la déclaration suivante de Zeller (art. Irre dans l’ Allgemeine Enzyklopädie der Wissenschaften de Ersch et Gruber) : « Il est rare qu’un esprit soit organisé si heureusement qu’il possède en tout temps une pleine puissance et que le cours continu et clair de sa pensée ne soit pas interrompu par des représentations, non seulement futiles, mais encore grotesques et absurdes ; les plus grands penseurs mêmes se sont plaints de voir cette racaille de représentations, taquines et désagréables, venir troubler leurs réflexions les plus profondes et leurs travaux les plus graves et les plus sacrés. » La signification psychologique de ces pensées-contrastes est mieux précisée par Hildebrandt qui observe que le rêve nous ouvre parfois les profondeurs et les replis de notre être qui nous sont le plus souvent fermés pendant la veille (p. 55). Kant indique semblablement, dans un passage de l’ Anthropologie, que le rêve a sans doute pour fonction de nous découvrir nos dispositions secrètes et de nous révéler, non point ce que nous sommes, mais ce que nous serions devenus, si nous avions reçu une autre éducation. Radestock (p. 84) pense également que le rêve ne fait que nous révéler ce que nous ne voulons pas nous avouer et que nous avons tort de l’accuser de mensonge et de tromperie. J. E.