Freud — Corpus & Glossaire

Représentations involontaires

Ces représentations sont des images qui apparaissent dans le rêve et sont absentes ou négligées pendant la veille. Elles peuvent être issues du domaine moral et s'opposent à notre manière de sentir ordinaire, ou simplement étranges.

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 36 · confiance 0.95

Ces représentations sont des images qui apparaissent dans le rêve et sont absentes ou négligées pendant la veille. Elles peuvent être issues du domaine moral et s'opposent à notre manière de sentir ordinaire, ou simplement étranges.

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J. E. Erdmann déclare : « Jamais un rêve ne m’a révélé ce qu’il fallait penser d’un homme ; mais bien ce que j’en pensais et comment j’étais disposé à son égard et ce à ma plus grande surprise. » De même, J. H. Fichte dit : « Le caractère de nos rêves nous donne un reflet bien plus fidèle de l’ensemble de nos dispositions que ce que nous pourrions en savoir en nous observant longuement pendant la veille. » L’émergence de ces impulsions étrangères à notre conscience morale s’explique de la même manière que le fait que le rêve dispose d’images absentes ou négligées pendant la veille. Le fait a été remarqué par Benini ; « Certe nostre inclinazioni che si credevano soffocate e spente da un pezzo, si ridestano ; passioni vecchie e sepolte rivivono ; cose e persone a cui non pensiamo mai, ci vengono dinanzi » (p. 149), et par Volkelt : « Des représentations qui ont traversé presque inaperçues la conscience éveillée, et qu’elle n’aurait peut-être jamais tirées de l’oubli, réapparaissent souvent dans le rêve, nous prévenant ainsi qu’elles demeurent dans l’esprit. » C’est ici le lieu de rappeler que, d’après Schleiermacher, le moment même où nous nous endormons s’accompagne de l’apparition de représentations (tableaux) involontaires. On peut appeler « représentations involontaires » cette masse d’images dont l’apparition nous étonne tellement dans les rêves immoraux, comme dans les rêves absurdes. Il y a toutefois, entre les uns et les autres, une différence importante. Les représentations involontaires appartenant au domaine moral sont en contradiction avec notre manière de sentir ordinaire ; les autres nous paraissent simplement étranges. Rien n’a été fait jusqu’à présent pour donner de cette différence une explication scientifique. Quelle est la signification de l’apparition en rêve de ces représentations involontaires ? Quelles conclusions peut-on tirer, pour la psychologie de la veille et du rêve, de cette apparition nocturne de tendances morales paradoxales ? Les auteurs diffèrent aussi d’opinion sur ce point. Si l’on suit la pensée de Hildebrandt et des défenseurs de sa thèse fondamentale, on doit considérer, sans nul doute, que, même pendant la veille, les impulsions immorales possèdent une certaine puissance qui, inhibée, ne peut passer aux actes, mais que, durant le sommeil, quelque chose qui avait agi comme une inhibition et nous avait empêchés d’apercevoir ces impulsions est supprimé. Ainsi le rêve dévoilerait, sinon toute l’essence, du moins la réalité la plus profonde de l’homme, et serait un des moyens dont nous disposerions pour connaître le contenu caché de notre âme. Il faut que Hildebrandt parte de suppositions semblables pour attribuer au rêve le rôle d’un avertisseur qui attirerait notre attention sur nos faiblesses cachées ; de même que, de l’aveu des médecins, il peut nous rendre attentifs à des maladies encore inaperçues. Spitta est guidé par des conceptions analogues, quand, parlant des excitations de la puberté par exemple, il console le rêveur et lui dit qu’il a fait tout ce qui dépendait de lui, s’il a eu, pendant la veille, une conduite parfaitement vertueuse et s’est efforcé de repousser les mauvaises pensées, de ne pas les laisser mûrir et devenir des actes. D’après ces conceptions, les représentations « involontaires » seraient celles qui auraient été « réprimées » pendant le jour, et il faudrait voir dans leur émergence un véritable phénomène psychique. Selon d’autres auteurs, ces déductions sont injustifiées. Pour Jessen, les représentations involontaires du rêve, de la veille, de la fièvre, des délires « ont le caractère d’une activité de volition qui a été mise au repos et d’une succession plus ou moins mécanique d’images et de représentations, mues par des mouvements internes » (p. 360). Tout ce qu’un rêve immoral nous apprendrait de la vie psychique du rêveur, ce serait que d’une manière quelconque il connaissait son contenu représentatif ; il ne révélerait rien de ses propres tendances. On peut se demander si Maury ne croit pas lui aussi que le rêve décompose l’activité psychique en ses éléments au lieu de la détruire au hasard.