L’interprétation des rêves (1899)
Processus psychiques du rêve qui, selon Maury, sont réels et distincts des processus de la veille.
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Tout ce qu’un rêve immoral nous apprendrait de la vie psychique du rêveur, ce serait que d’une manière quelconque il connaissait son contenu représentatif ; il ne révélerait rien de ses propres tendances. On peut se demander si Maury ne croit pas lui aussi que le rêve décompose l’activité psychique en ses éléments au lieu de la détruire au hasard. Il dit au sujet des rêves dans lesquels on franchit les bornes de la moralité : « Ce sont nos penchants qui parlent et qui nous font agir, sans que la conscience nous retienne, bien que parfois elle nous avertisse. J’ai mes défauts et mes penchants vicieux ; à l’état de veille, je tâche de lutter contre eux et il m’arrive assez souvent de n’y pas succomber. Mais dans mes songes j’y succombe toujours, ou, pour mieux dire, j’agis par leur impulsion, sans crainte et sans remords… Évidemment les visions qui se déroulent devant ma pensée et qui constituent le rêve me sont suggérées par les incitations que je ressens et que ma volonté absente ne cherche pas à refouler » (le Sommeil, p. 113). Si l’on pense que le rêve dévoile une disposition immorale du dormeur qui, à la vérité, existe, mais est réprimée ou cachée, on ne pourrait l’exprimer plus fortement que par ces mots de Maury (p. 115) : « En rêve l’homme se révèle donc tout entier à soi-même dans sa nudité et sa misère natives. Dès qu’il suspend l’exercice de sa volonté, il devient le jouet de toutes les passions contre lesquelles, à l’état de veille, la conscience, le sentiment d’honneur, la crainte nous défendent. » Ailleurs il trouve ces mots frappants (p. 462) : « Dans le rêve, c’est surtout l’homme instinctif qui se révèle… L’homme revient pour ainsi dire à l’état de nature quand il rêve ; mais moins les idées acquises ont pénétré dans son esprit, plus les penchants en désaccord avec elles conservent encore sur lui d’influence dans le rêve. » Et il donne comme exemple le fait que, dans ses rêves, il est souvent victime de la superstition même qu’il combat le plus activement dans ses écrits. Maury diminue, il est vrai, la valeur de ces remarques si fines en ne voulant voir dans les phénomènes qu’il a si bien observés que des preuves en faveur de « l’automatisme psychologique » qui, selon lui, domine toute la vie du rêve. Cet automatisme lui paraît être le contraire de l’activité psychique. Dans un passage de ses Studien über das Bewusstsein, Stricker dit : « Le rêve n’est pas fait uniquement d’illusions. Si, en rêve, on craint les voleurs, les voleurs sont sans doute imaginaires, mais la crainte est réelle. » Ainsi il attire notre attention sur ce fait qu’il y a lieu de séparer l’appréciation du développement d’affects dans le rêve du reste de son contenu. Un problème se pose alors : qu’y a-t-il de réel dans les processus psychiques du rêve ? que pouvons-nous y reprendre pour le ranger parmi les processus psychiques de la veille ? VII. Théories du rêve. Fonction du rêve On appellera théorie du rêve une analyse qui s’efforce d’expliquer d’un certain point de vue le plus grand nombre possible des caractères observés et en même temps de marquer la place du rêve dans un ensemble plus vaste. Les diverses théories du rêve se distinguent les unes des autres par le fait qu’elles considèrent comme essentiel tel ou tel caractère, et disposent autour de ce caractère leurs explications. Une théorie du rêve ne comporte pas nécessairement l’idée d’une fonction, c’est-à-dire d’une utilité ou d’une efficacité du rêve, mais nos habitudes téléologiques vont naturellement au-devant des théories qui attribuent au rêve une fonction. Nous avons vu déjà plusieurs conceptions qui méritent plus ou moins le nom de théories du rêve. Les anciens croyaient le rêve envoyé par les dieux pour diriger les actions des hommes ; c’était là une théorie complète et qui expliquait tout ce que l’on désirait savoir. Depuis que le rêve est devenu objet d’investigations biologiques, le nombre des théories s’est multiplié, mais il en est beaucoup d’incomplètes. Si l’on ne tient compte que de l’essentiel, on peut essayer de grouper les théories du rêve, d’une manière peu rigoureuse, selon ce que chacune suppose de la nature et de la quantité de l’activité psychique : 1.