L’interprétation des rêves (1899)
Selon Freud, l'impulsion pour le rêve provient de l'esprit lui-même qui demande à se libérer lorsqu'il est surchargé (p. 48).
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Le rêve est élimination de pensées étouffées dans l’œuf. « Un homme à qui on enlèverait la possibilité de rêver deviendrait fou au bout d’un certain temps, parce qu’une masse énorme de pensées inachevées, informes et d’impressions superficielles s’amoncellerait dans son cerveau et étoufferait les ensembles bien achevés que la mémoire aurait pu conserver. » Le rêve joue, pour le cerveau surchargé, le rôle de soupape de sûreté. Les rêves ont un pouvoir de soulagement, de guérison (p. 32). Ce serait mal comprendre Robert que de lui demander comment la représentation pendant le rêve peut soulager l’esprit. Des deux particularités du matériel du rêve qu’il a exposées, il conclut apparemment que, pendant le sommeil, une expulsion des impressions sans valeur s’accomplit d’une manière quelconque par un processus somatique et que le rêve n’est pas un processus psychique particulier, mais seulement une façon de prendre connaissance de celle-ci. Cette élimination n’est d’ailleurs pas la seule opération qui s’accomplisse la nuit dans l’esprit. Robert ajoute lui-même qu’outre cela les impressions de la journée sont élaborées et que « ce qui, parmi les pensées non assimilées, n’a pas pu être éliminé est complété, arrondi par des emprunts à l’imagination et inséré dans la mémoire sous la forme d’un tableau fantaisiste et inoffensif » (p. 23). Mais la théorie de Robert s’oppose nettement à la théorie régnante pour ce qui est des sources du rêve. Celle-ci considérait qu’il n’y a rêve que lorsque des excitations externes ou internes viennent frapper l’esprit. Robert pense que l’impulsion provient de l’esprit lui-même qui, surchargé, demande à se libérer. Il estime, très logiquement ici, que les motifs somatiques sont secondaires et ne pourraient, en aucun cas, provoquer le rêve dans un esprit auquel la conscience de veille n’aurait laissé aucun élément propre à former ce rêve. Il accorde seulement que les images qui, remontant des profondeurs de l’esprit, se développent dans le rêve, peuvent être influencées par les stimuli nerveux (p. 48). Si, selon Robert, le rêve n’est pas aussi dépendant des faits somatiques, ce n’est pas non plus un fait psychique : il n’a point de place parmi les phénomènes psychiques de la veille ; c’est un processus somatique de chaque nuit qui apparaît au niveau de l’appareil psychique et qui a pour fonction de préserver celui-ci d’un excès de tension ou, si l’on permet cette métaphore, de purger l’esprit. C’est sur ces mêmes caractères du rêve mis en lumière par le choix fait par le rêve de son matériel que se fonde, pour établir sa théorie, Yves Delage – et il est curieux d’observer comment une légère variation dans la conception des mêmes faits peut amener des conclusions d’une tout autre portée. Delage a observé sur lui-même, lors de la mort d’une personne chère, que l’on ne rêve pas de ce qui a préoccupé tout le jour ou que l’on en rêve seulement quand cette préoccupation a commencé à céder à d’autres. Une enquête auprès d’autres personnes le persuada de la généralité de ce fait. Il a fait, sur les rêves des jeunes mariés, une remarque qui serait fort jolie si on pouvait prouver qu’elle est vraie dans tous les cas : « S’ils ont été fortement épris, presque jamais ils n’ont rêvé l’un de l’autre avant le mariage ou pendant la lune de miel ; et s’ils ont rêvé d’amour, c’est pour être infidèles avec quelque personne indifférente ou odieuse. » Mais de quoi rêve-t-on alors ? Delage voit dans le matériel de nos rêves des fragments ou des restes d’impressions des jours précédents ou de périodes plus anciennes. Tout ce qui apparaît dans nos rêves, tout ce que nous sommes d’abord tentés de considérer comme des créations de la vie du rêve, se révèle, quand nous l’examinons de plus près, comme reproduction méconnue, comme « souvenir inconscient ». Ces éléments de représentation ont un caractère commun, ils proviennent d’impressions qui, semble-t-il, ont frappé nos sens plus que notre esprit ou dont notre attention s’est détournée peu après leur apparition. Moins une impression a été consciente, et, aussi, plus elle a été forte, plus elle a de chances de jouer un rôle dans le rêve suivant.