Freud — Corpus & Glossaire

Einbildungskraft

Allemand : Imagination

Dans ce passage, l'Einbildungskraft est décrite comme une force qui s'affranchit de la raison et du contrôle pendant le rêve. Elle utilise les matériaux de la mémoire de la veille pour créer des images démesurées, excessives et monstrueuses. Elle est plus souple, plus habile et plus changeante dans le rêve.

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 42 · confiance 0.95

Dans ce passage, l'Einbildungskraft est décrite comme une force qui s'affranchit de la raison et du contrôle pendant le rêve. Elle utilise les matériaux de la mémoire de la veille pour créer des images démesurées, excessives et monstrueuses. Elle est plus souple, plus habile et plus changeante dans le rêve.

Voir le passage source
La tristesse est remplacée par la joie, les soucis par l’espérance et par des images gaies et divertissantes, la haine par l’amour et l’amitié, la peur par le courage et la confiance ; il calme le doute par la certitude et la foi robuste, l’attente vaine par l’accomplissement. Le sommeil cache, ménage, guérit des blessures que le jour aviverait. De là vient, en partie, l’action bienfaisante du temps. » Nous avons tous ressenti les bienfaits du sommeil pour l’esprit, et l’intuition obscure du peuple refuse de renoncer à croire que le rêve est un des moyens par lesquels le sommeil répand ces bienfaits. Scherner a fait en 1861 la tentative la plus originale et la plus pénétrante pour expliquer le rêve par une activité particulière de l’esprit, qui ne pourrait se déployer librement que pendant le sommeil. Le livre de Scherner est écrit dans un pompeux galimatias, son enthousiasme excessif exaspère ceux qu’il ne séduit pas ; son analyse présente des difficultés telles que nous préférons nous servir de l’exposé plus clair et plus court que donne le philosophe Volkelt de la doctrine de Scherner. « De ce brouillamini mystique, de cet ondoiement somptueux et éclatant, jaillit parfois une apparence de sens pleine de suggestions, mais les voies du philosophe n’en deviennent pas plus claires pour cela. » Ainsi s’expriment sur le compte de Scherner ses propres disciples. Scherner n’est pas de ceux qui croient que dans le rêve l’esprit conserve toutes ses facultés. Il montre comment la puissance de centralisation, l’énergie spontanée du moi sont privées de leur force nerveuse dans le rêve, comment, à cause de cette décentralisation, la connaissance, la sensibilité, la volonté et la puissance de représentation sont modifiées, et comment ce qui demeure de forces spirituelles n’a point un caractère intellectuel, mais reste simple mécanisme. En revanche, l’ imagination grandit, se libère de la raison et de tout contrôle et domine entièrement. Elle tire, il est vrai, ses matériaux de la mémoire de la veille, mais l’édifice qu’elle construit est entièrement différent des productions de la vie éveillée, elle ne reproduit pas seulement, elle crée. Ses particularités se reflètent dans le rêve. Elle a une prédilection pour tout ce qui est démesuré, excessif, monstrueux. Libérée des catégories de la pensée, elle est plus souple, plus habile, plus changeante ; elle sent très finement les menues nuances de notre vie affective aussi bien que nos passions violentes, et elle donne aussitôt aux faits de notre vie intérieure une forme extérieure plastique. Elle ne dispose pas, dans le rêve, de la langue des concepts ; il faut qu’elle montre plastiquement ce qu’elle veut dire ; et comme le concept ne peut l’affaiblir, elle peint avec toute l’abondance, la force et la grandeur de ce langage plastique. C’est pourquoi, en dépit de sa clarté, sa langue est diffuse, lourde, maladroite. La confusion est encore accrue par le fait qu’elle répugne à exprimer un objet par sa propre image. Elle choisit bien plutôt une image étrangère, capable d’exprimer l’aspect de l’objet auquel elle tient. C’est l’activité symbolique de l’imagination… Il faut remarquer de plus que l’imagination du rêve ne décrit pas les objets d’une manière complète, mais en esquisse seulement la silhouette, d’une manière très libre. De là vient qu’elle paraît inspirée. Elle ne se contente pas d’ailleurs de présenter des objets, une contrainte intérieure oblige le moi du rêve à s’y mêler plus ou moins, donc à agir. Par exemple un rêve causé par un stimulus visuel nous fait voir des pièces d’or sur la route : le rêveur les ramasse, et, content, les emporte. Scherner croit que le matériel dont se sert l’activité artistique du rêve est fourni surtout par les stimuli somatiques organiques, si obscurs durant le jour (cf. supra, p. 28). Ainsi en ce qui concerne les sources et les causes du rêve, la théorie par trop fantastique de Scherner et la théorie peut-être un peu trop simpliste de Wundt et des autres physiologistes, ordinairement aux Antipodes se recouvrent complètement.