L’interprétation des rêves (1899)
Figure de prédilection pour représenter l'organisme entier dans les rêves, selon Scherner.
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Scherner croit que le matériel dont se sert l’activité artistique du rêve est fourni surtout par les stimuli somatiques organiques, si obscurs durant le jour (cf. supra, p. 28). Ainsi en ce qui concerne les sources et les causes du rêve, la théorie par trop fantastique de Scherner et la théorie peut-être un peu trop simpliste de Wundt et des autres physiologistes, ordinairement aux Antipodes se recouvrent complètement. Mais, d’après la théorie physiologique, la réaction mentale aux stimuli somatiques internes est épuisée quand elle a provoqué des représentations adéquates, qui, par association, en ont évoqué quelques autres ; là prend fin la recherche des processus psychiques. D’après Scherner, au contraire, les stimuli somatiques ne fournissent à l’esprit que des éléments qu’il utilise selon les projets de son imagination. La formation du rêve commence, selon Scherner, là où, pour d’autres, elle s’achève. On ne peut trouver bien utile ce que l’imagination du rêve fait des stimuli somatiques. Elle joue avec eux un jeu agaçant, représente les organes d’où les stimuli du rêve proviennent par des formes symboliques. Scherner croit même (Volkelt et d’autres ne le suivent pas en ce point) que notre imagination a dans le rêve une figure de prédilection pour représenter l’organisme entier : ce serait la maison. Heureusement pour ses représentations, elle ne s’en tient pas à cela ; elle peut au contraire représenter par des séries de maisons un seul organe, par exemple de longues rues figureront une excitation intestinale. D’autres fois, des parties de maisons représenteront réellement des parties du corps. Ainsi, dans un rêve de migraine, le plafond d’une chambre (que l’on voit couvert d’ignobles araignées pareilles à des crapauds) représentera la tête. D’autres objets que la maison peuvent être employés pour symboliser tel ou tel organe : « Un poêle rempli de flammes avec son souffle ardent symbolisera les poumons, des caisses et des corbeilles vides représenteront le cœur, des objets ronds en forme de sac ou en général des objets creux figureront la vessie. Le rêveur qui ressent une excitation de ses organes sexuels trouvera sur une route la partie supérieure d’une clarinette, d’une pipe, puis une fourrure. La clarinette et la pipe représentent des formes analogues à celles du membre viril, la fourrure les poils pubiens. Dans le domaine des organes sexuels féminins, l’intervalle entre les cuisses serrées peut être symbolisé par une cour étroite entourée de maisons, le vagin par un sentier très étroit et très moelleux qui conduit à travers la cour et que la rêveuse doit traverser pour porter par exemple une lettre à un monsieur » (Volkelt, p. 39). Il est à noter qu’à la fin de ces rêves à stimulus organique l’imagination se démasque en quelque sorte en montrant clairement l’organe excité ou sa fonction. Ainsi le rêve « à stimulus dentaire » s’achève ordinairement par le fait que le rêveur s’arrache une dent. L’imagination du rêve peut symboliser la substance contenue dans l’organe au lieu de s’attacher à la forme de l’organe excitant. Ainsi une excitation des intestins nous fera promener dans des rues malpropres, une excitation de la vessie, près d’eaux écumantes. Il se peut aussi que le stimulus lui-même, la nature de l’excitation qu’il produit, l’objet qu’il convoite soient représentés symboliquement ou que le moi du rêve entre en relations concrètes avec le symbole de son propre état, par exemple, quand, lors de stimuli douloureux, nous croyons lutter désespérément avec des chiens enragés ou des taureaux furieux, ou quand, dans un rêve érotique, la rêveuse se croit poursuivie par un homme nu. Si l’on fait abstraction de tout ce qui est variété de réalisation, l’activité imaginative symbolique apparaît comme la force centrale de tous les rêves. Volkelt s’est efforcé de mieux connaître cette imagination, de la situer ensuite exactement dans un système philosophique. Mais bien qu’écrit avec élégance et passion son livre est difficilement compréhensible pour ceux qui n’ont pas été initiés de bonne heure à la pleine intelligence des schèmes et des concepts philosophiques.