Freud — Corpus & Glossaire

association et reproduction

Les lois qui régissent la création automatique de séries dans le rêve et dans la folie, avec l'absence de proportion entre les représentations.

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 45 · confiance 0.95

Les lois qui régissent la création automatique de séries dans le rêve et dans la folie, avec l'absence de proportion entre les représentations.

Voir le passage source
Dans d’autres exemples, on peut déceler dans le rêve des signes morbides ; quelquefois la psychose est limitée au rêve. Thomayer considère les rêves anxieux comme des équivalents épileptiques. Allison (cité par Radestock) décrit une nocturnal insanity dans laquelle les sujets sont en apparence tout à fait normaux pendant la journée, mais présentent la nuit des hallucinations, des accès de fureur, etc. Sanctis rapporte des observations analogues, notamment celle d’un alcoolique qui présentait un équivalent paranoïaque en rêve : il entendait des voix qui lui disaient que sa femme le trompait. Tissié note un grand nombre de cas dans lesquels des actes pathologiques, constructions délirantes ou impulsions obsessionnelles, ont eu leur origine dans le rêve. Guislain décrit un cas dans lequel le sommeil était remplacé par de brefs accès de folie intermittente. Il n’est pas douteux que le médecin devra envisager, à côté de la psychologie du rêve, une psychopathologie du rêve. Lors de la guérison de maladies mentales, on constate quelquefois que, alors que le fonctionnement psychique est normal pendant le jour, le rêve est encore troublé. C’est Gregory qui, d’après Krauss, aurait le premier attiré l’attention là-dessus. Macario (cité par Tissié) raconte l’histoire d’un maniaque qui, huit jours après sa guérison, présentait encore en rêve la fuite des idées et les impulsions passionnelles de la maladie. On a peu étudié jusqu’à présent les modifications que subit le rêve dans les psychoses chroniques. Par contre le problème de la parenté entre le rêve et la maladie mentale a été envisagé dès longtemps. C’est Cabanis qui, d’après Maury, l’aurait étudié le premier, dans ses Rapports du physique et du moral, suivi bientôt de Lélut, de J. Moreau (de Tours), de Maine de Biran. Il est probable que les premiers travaux sur cette question sont beaucoup plus anciens. Radestock commence son étude par un choix de dictons sur l’analogie entre le rêve et la folie. Kant dit quelque part : « Le fou est un dormeur éveillé » ; Krauss : « La folie est un rêve pendant que les sens sont éveillés. » Schopenhauer appelle le rêve une courte folie et la folie un long rêve. Hagen voit dans le délire un rêve amené, non par le sommeil, mais par une maladie. Wundt, dans sa Psychologie physiologique, déclare : « En fait, le rêve nous permet de connaître par nous-mêmes presque tous les états que l’on observe dans les asiles. » Voici, d’après Spitta (dont le point de vue est proche de celui de Maury), les ressemblances de détail sur lesquelles on peut se fonder : « 1° suppression ou ralentissement de la conscience du moi, d’où ignorance de notre état comme tel, donc impossibilité de s’étonner, manque de conscience morale ; 2° modification de la perception sensorielle ; mais, tandis que le rêve l’abaisse, la folie en général l’exalte ; 3° liaison des représentations uniquement selon les lois de l’association et de la reproduction, donc création automatique de séries, absence de proportion entre les représentations (exagérations, extravagances) ; comme corollaire de tout cela : 4° modification (quelquefois inversion) de la personnalité et du caractère (perversité). » Radestock y ajoute quelques traits encore, notamment un matériel analogue : « La plupart des hallucinations et des illusions se rapportent à la vue, à l’ouïe et à la cénesthésie. L’odorat et le goût sont, comme en rêve, rarement intéressés. Le délire fébrile tout comme le rêve amène des souvenirs d’un passé lointain oublié à l’état de veille et de santé. L’analogie entre le rêve et les psychoses prend sa pleine valeur du fait qu’elle s’étend aux détails de la mimique et de l’expression du visage. « À ceux qui souffrent physiquement et intellectuellement, le rêve donne ce que la réalité leur refuse : le bien-être, le bonheur. Ainsi apparaissent chez le malade mental les tableaux attirants de bonheur, de grandeur, de noblesse et de richesse. Le fond des délires est bien souvent cette possession prétendue de biens et la réalisation imaginaire des désirs, et leur non-réalisation l’une des causes psychiques de la folie.