Freud — Corpus & Glossaire

Interprétation des rêves

La voie royale de la connaissance de l'inconscient, la base la plus sûre de nos recherches en psychanalyse.

Sources de référence

L’interprétation des rêves (1899)

Préface · bloc 1 · confiance 0.95

L'œuvre de Freud dans laquelle il explique que les rêves ne sont pas simplement des miettes de nos agapes diurnes, mais qu'ils sont conformes aux lois de l'esprit humain et parent de la divinité. Il y justifie son entreprise en se référant à Aristote.

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Préface « Songe, mensonge » : c’est notre formule magique pour dissoudre les angoisses, notre détergent universel qui efface les auréoles de la folie, notre sésame ouvre-toi qui permet à la raison de fuir devant les assauts de l’irrationnel. « Un songe, me devrais-je inquiéter d’un songe ? » se demande avec dédain Athalie dans la tragédie racinienne. Nous sommes tous les héritiers de la reine de Judée. Les rêves nous paraissant être les miettes de nos agapes diurnes, nous nous contentons de secouer les serviettes et de brosser la nappe pour nous en débarrasser. Que ne prenons-nous exemple sur ces Indiens d’Amérique, dont les jésuites français, missionnaires du XVII siècle, louèrent la sagesse ? Ces Iroquois et ces Hurons veillaient à ce que les désirs de leurs frères fussent, de loin en loin, satisfaits. Quand l’un des leurs tombait malade, s’il n’était victime ni de la sorcellerie ni de la colère des dieux, les Hurons le savaient taraudé par des désirs demeurés inconscients, mais qui pouvaient lui être révélés par ses rêves. On appelait à son chevet un devin qui énumérait les objets susceptibles d’être convoités par le moribond ; tout le village participait à la collecte pour offrir des présents au malade, c’était la java des désirs réalisés, le « Festival des rêves »… Pour nous autres qui sentons encore la pomme d’Adam au travers de la gorge, qui avons fait du scepticisme le gardien de notre tranquillité, le rêve reste un intrus. Il vient nous importuner la nuit, quand nous relâchons le guet. Parfois, à la vue d’une ombre suspecte troublant notre somnolence, nous nous écrions « Qui va là ? », mais nous préférons attendre le petit matin, passer l’éponge et oublier les événements nocturnes. La misérable affaire ! Nietzsche, ce prince de l’inconscient, fulminait déjà contre les hommes qui craignent de se retourner sur leur ombre : « Vous voulez être responsables de toutes choses, excepté de vos rêves !… Quel manque de courage logique ! Rien ne vous appartient plus en propre que vos rêves, rien n’est davantage votre œuvre ! Sujet, forme, durée, acteur, spectateur – dans ces comédies vous êtes tout vous-mêmes ! Et c’est là justement que vous avez peur… » Nietzsche était né en 1844, il mourut en 1900, quelques mois après la parution de l’Interprétation des rêves. Freud, dans son cabinet de la Berggasse, et Nietzsche, dans la solitude de Sils-Maria, auraient pu, l’un comme l’autre, mettre en exergue de leur œuvre cette pensée de Hôlderlin : « L’homme est un Dieu quand il rêve et un mendiant quand il réfléchit. » Faut-il être Dieu ou un pauvre hère ? Freud choisit de mendier jusqu’à ce qu’un fragment de divinité tombe dans sa sébile. L’homme n’est Dieu que s’il a exploré tous les recoins de son royaume, à commencer par l’empire du rêve. Aristote le disait déjà dans ses écrits, et Freud s’en inspira pour justifier son entreprise : le rêve est « d’essence démoniaque et non divine. En d’autres termes, le rêve n’est point une révélation surnaturelle, mais il est conforme aux lois de l’esprit humain, lui-même parent de la divinité » . En 1897, Freud, qui venait de publier, en collaboration avec Joseph Breuer, les Études sur l’hystérie, dut renoncer à sa théorie de la séduction précoce (les histoires de séduction par le père que lui racontaient ses malades n’étaient, pensa-t-il, que le fruit de leur imagination). Son amitié, vieille de dix ans, avec un oto-rhino-laryngologue berlinois, Wilhelm Fliess, se détériorait ; il souffrait toujours d’un grand isolement professionnel et scientifique. Au début de l’année suivante, il annonça à Fliess son intention d’écrire un livre sur les rêves.

L’interprétation des rêves (1899)

Préface de la deuxième édition · bloc 1 · confiance 0.95

Méthode développée par Freud pour analyser et comprendre le sens des rêves, qui a servi de base à ses théories psychanalytiques.

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Préface de la deuxième édition La publication, moins de dix ans après la parution de cet ouvrage, d’une seconde édition, n’est pas nécessitée par l’intérêt que lui auraient accordé les cercles de spécialistes auxquels, dans ma préface originale, je m’adressais. Mes collègues les psychiatres ne semblent pas avoir pris la peine de surmonter la stupeur que leur avait causée ma nouvelle approche du rêve. Quant aux philosophes de profession, ils ont pris l’habitude de considérer les problèmes liés à la vie du rêve comme un appendice des états de conscience et de les traiter en quelques mots – les mêmes généralement ; aussi n’ont-ils pas remarqué qu’il y avait justement là matière à un certain nombre de déductions qui doivent transformer totalement nos théories psychologiques. L’attitude des critiques scientifiques ne pouvait conduire qu’à la conviction que l’ouvrage était condamné à un silence de mort, et ce n’est pas le petit groupe des courageux partisans de mes théories, qui pratiquent sous ma conduite le traitement psychanalytique, et qui, à mon exemple, utilisent dans le traitement des névroses l’interprétation des rêves, ce n’est pas ce petit groupe qui aurait jamais pu épuiser la première édition de mon livre. Je suis ainsi très redevable à un cercle plus large de gens cultivés et curieux dont l’intérêt m’a conduit, après neuf années, à reprendre ce difficile travail, qui est fondamental à bien des égards. Je me réjouis de constater que j’ai trouvé très peu de choses à y reprendre. J’ai çà et là intercalé du nouveau, ajouté un détail issu de mon expérience accrue et, en quelques endroits, j’ai remanié mon texte. Mais l’essentiel de ce que j’ai écrit sur le rêve et son interprétation et sur les théorèmes psychologiques qui en découlent demeure inchangé. Tous ceux qui sont familiers de mes autres écrits (sur l’étiologie ou le mécanisme des psychonévroses) savent que je n’ai jamais présenté l’inachevé comme achevé et que je me suis toujours efforcé de transformer mes dires en fonction du progrès de mes connaissances. Pour ce qui est du rêve, j’ai pu m’en tenir à mes premières assertions. Au cours des longues années pendant lesquelles j’ai travaillé au problème des névroses, j’ai eu bien des hésitations et, souvent, je ne savais plus que penser. Chaque fois, c’est l’interprétation du rêve qui m’a rendu l’assurance. Mes nombreux adversaires scientifiques font donc preuve d’un sûr instinct, en refusant de me suivre justement sur le terrain de mes recherches sur le rêve. La matière même de ce livre, mes propres rêves, dont je suis parti pour exposer ma méthode d’interprétation, et qui, par suite de la marche du temps, sont pour la plupart dévalués et dépassés, se sont montrés, au cours de cette révision, hostiles à toute transformation. Pour moi, ce livre a une autre signification, une signification subjective que je n’ai saisie qu’une fois l’ouvrage terminé. J’ai compris qu’il était un morceau de mon auto-analyse, ma réaction à la mort de mon père, l’événement le plus important, la perte la plus déchirante d’une vie d’homme. Ayant découvert qu’il en était ainsi, je ne me sentis plus capable d’effacer les traces de cette influence. Peu importe au lecteur quel matériel lui sert à apprécier et à interpréter les rêves. Chaque fois qu’il m’a paru impossible d’incorporer dans le texte original une addition importante, j’ai indiqué, entre crochets, sa date 1 . Berchtesgaden, été 1908. 1 Ces crochets ont été supprimés dans les éditions suivantes.

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 1 · confiance 0.95

Technique psychologique permettant d'interpréter les rêves, qui révèle leur signification et leur intégration dans la suite des activités mentales de la veille.

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Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve Avant-Propos Je me propose de montrer dans les pages qui suivent qu’il existe une technique psychologique qui permet d’interpréter les rêves : si on applique cette technique, tout rêve apparaît comme une production psychique qui a une signification et qu’on peut insérer parfaitement dans la suite des activités mentales de la veille. Je veux, de plus, essayer d’expliquer les processus qui donnent au rêve son aspect étrange, méconnaissable, et d’en tirer une conclusion sur la nature des forces psychiques dont la fusion ou le heurt produisent le rêve. Je limiterai là mon exposé : il aura atteint le point où le problème du rêve aboutit à des problèmes plus vastes pour la solution desquels il faut mettre en œuvre d’autres matériaux. Je commence par un exposé historique, parce que j’aurai peu d’occasions d’y revenir dans le corps de l’ouvrage. La conception scientifique du rêve s’est, en effet, peu développée, en dépit d’efforts plusieurs fois millénaires ; le fait est si universellement admis par les auteurs qu’il semble inutile d’en apporter ici les preuves. Les travaux dont on trouvera la liste à la fin de ce livre contiennent nombre de remarques suggestives et une documentation très intéressante, mais rien ou fort peu de chose sur l’essence même du rêve, rien qui éclaire ses énigmes. Bien entendu les notions du public cultivé sont plus pauvres encore. J’écarte bien à regret, car c’est un sujet plein d’intérêt, de cet exposé l’examen des idées sur le rêve à l’origine de l’humanité, chez les peuples primitifs, et l’étude de l’influence que ces idées ont pu avoir sur leurs conceptions du monde et de l’âme. Pour cette question, je renvoie le lecteur aux ouvrages classiques de Sir J. Lubbock, H. Spencer, E. B. Tylor, etc., et j’ajoute que sa véritable portée ne nous apparaîtra nettement que quand nous aurons compris le problème de l’interprétation du rêve, tel qu’il va se présenter à nous. On trouve l’écho de ces croyances primitives chez les peuples de l’Antiquité classique 2 . Ces peuples attribuaient aux rêves une importance considérable ; ils croyaient que les rêves les mettaient en rapport avec le monde des êtres surhumains et qu’ils leur apportaient des révélations venant des dieux et des démons. De plus, ils étaient persuadés que les rêves étaient envoyés à dessein au rêveur ; ils lui annonçaient le plus souvent l’avenir. Ces croyances n’ont pas abouti, il est vrai, à une doctrine : l’extraordinaire variété du contenu des rêves et des impressions qu’ils laissaient rendait difficile la formation d’une conception homogène et entraînait des distinctions et des catégories multiples d’après la valeur des rêves et la confiance qu’ils inspiraient. Il va de soi que l’opinion que les philosophes anciens se faisaient du rêve n’était pas indépendante de la place qu’ils donnaient dans leur système à la mantique en général. Dans les deux écrits qu’il lui a consacrés, Aristote considère déjà le rêve comme un objet d’investigation psychologique. Le rêve n’est pas envoyé par les dieux, il est d’essence non divine, mais démoniaque, puisque la nature elle-même est démoniaque et non divine. En d’autres termes, le rêve n’est point une révélation surnaturelle, mais il est conforme aux lois de l’esprit humain, lui-même parent de la divinité. Le rêve est défini : l’activité de l’âme de l’homme endormi en tant que tel. Aristote connaît quelques-uns des caractères de la vie du rêve, par exemple le fait que le rêve amplifie de menues stimulations nerveuses survenues pendant le sommeil (« on croit traverser du feu et avoir très chaud, alors que tel ou tel membre subit seulement un échauffement très léger »). Il en conclut que les rêves peuvent révéler au médecin les premiers signes d’un changement dans l’état du corps, imperceptibles pendant la veille 3 . Ainsi qu’on vient de le voir, avant Aristote les anciens ne considéraient pas le rêve comme une création de l’esprit du rêveur, mais comme une inspiration divine. Les deux manières de concevoir le rêve que nous allons retrouver sont ainsi apparentes déjà chez eux.

L’interprétation des rêves (1899)

Chapitre I. La littérature scientifique concernant les problèmes du rêve · bloc 2 · confiance 0.95

L'interprétation des rêves consistait à remplacer le contenu incompréhensible du rêve par un autre facile à reconnaître et plein de signification, en particulier vers la fin de l'Antiquité.

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Ainsi qu’on vient de le voir, avant Aristote les anciens ne considéraient pas le rêve comme une création de l’esprit du rêveur, mais comme une inspiration divine. Les deux manières de concevoir le rêve que nous allons retrouver sont ainsi apparentes déjà chez eux. Ils distinguaient les rêves véridiques et importants, envoyés au dormeur pour le mettre en garde ou lui annoncer l’avenir, des rêves vains, trompeurs et futiles qui devaient le mener à sa perte. Gruppe (Griechische Mythologie und Religionsgeschichte, p. 390) nous donne une telle classification des rêves, d’après Macrobe et Artémidore : « On divisait les rêves en deux classes. L’une passait pour avoir son origine dans le présent (ou le passé) et ne rien révéler de l’avenir ; elle comprenait les ένύπνια (insomnia), qui rendent immédiatement la représentation ou son contraire, par exemple la faim ou son assouvissement, et les φανταʹσματα, qui amplifient de manière fantastique la représentation donnée, comme par exemple l’incube Ephialtes. Par contre, l’autre classe de rêves passait pour déterminer l’avenir ; y appartenaient : 1° la prophétie directe reçue en songe (ΧρηματισμόϚ, oraculum) ; 2° la prédiction d’un événement à venir (δραμα, Visio) ; 3° le rêve symbolique nécessitant une explication (δνειροϚ, somnium). » Cette théorie a régné pendant de longs siècles. Cette diversité d’appréciation posait le problème de l’interprétation des rêves. On attendait des rêves en général des indications importantes, mais on ne pouvait comprendre directement tous les rêves, ni savoir si tel rêve incompréhensible n’était pas significatif ; c’est pourquoi on s’efforça de remplacer le contenu incompréhensible du rêve par un autre facile à reconnaître et plein de signification. Vers la fin de l’Antiquité, la plus haute autorité en matière d’interprétation des songes était Artémidore de Daldis, dont l’œuvre très détaillée peut nous dédommager de la perte des ouvrages de contenu analogue 4 . La conception préscientifique du rêve des anciens était en pleine harmonie avec leur philosophie générale, qui projetait dans le monde extérieur ce qui n’avait de réalité que dans la vie de l’esprit. De plus, elle rendait compte de l’impression essentielle que nous donnent au matin les souvenirs demeurés du rêve, car dans ces souvenirs le rêve s’oppose au contenu de notre conscience comme quelque chose d’étranger et qui provient d’un autre monde. Il serait d’ailleurs faux de croire que, de nos jours, la doctrine de l’origine surnaturelle des rêves manque de partisans. En dehors même des écrivains religieux et mystiques – qui ont grandement raison de garder, aussi longtemps que les explications des sciences naturelles ne les en chassent pas, les restes du domaine, jadis si étendu, du surnaturel –, on rencontre des hommes sagaces et hostiles à toute pensée aventureuse qui s’efforcent d’étayer leur foi en l’existence et en l’action de forces spirituelles surhumaines précisément sur le caractère inexplicable des visions des rêves (Haffner). Le prix que maintes écoles philosophiques (les disciples de Schelling, par exemple) attachent à la vie du rêve est un écho très clair de l’origine divine incontestée du rêve dans l’Antiquité. Sur la puissance divinatoire et prophétique du rêve, la discussion n’est pas close non plus. Si forte que soit, chez tous ceux qui ont des habitudes de pensée scientifique, la tendance à repousser ces sortes d’allégations, il faut convenir que les essais d’explication psychologique ne rendent pas compte de tous les faits accumulés. Il est difficile de faire l’historique de notre connaissance scientifique du problème du rêve. Si, en effet, elle a pu aboutir à des études de détail intéressantes, on ne constate point de progrès d’ensemble. On n’est pas parvenu à construire une assise de résultats assurés sur lesquels les chercheurs suivants auraient continué à bâtir. Chaque nouvel auteur recommence l’étude des mêmes questions. Si je voulais m’en tenir à la succession des auteurs et dire quels points de vue chacun a développés, il me faudrait renoncer à donner une vue d’ensemble de la connaissance actuelle du problème du rêve.

Cinq leçons de psychanalyse (1909)

Troisième leçon · bloc 3 · confiance 0.95

La voie royale de la connaissance de l'inconscient, la base la plus sûre de nos recherches en psychanalyse.

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S'il se soumet à ces règles, il nous procurera les associations libres qui nous mettront sur les traces du complexe refoulé. Ces idées spontanées que le malade repousse comme insignifiantes, s'il résiste au lieu de céder au médecin, représentent en quelque sorte, pour le psychanalyste, le minerai dont il extraira le métal précieux par de simples artifices d'interprétation. Si l'on veut acquérir rapidement une idée provisoire des complexes refoulés par un malade, sans se préoccuper de leur ordre ni de leurs relations, on se servira de l'expérience d'associations imaginée par Jung 7 et ses élèves. Ce procédé rend au psychanalyste autant de services que l'analyse qualitative au chimiste ; on peut s'en passer dans le traitement des névroses, mais il est indispensable pour la démonstration objective des complexes et pour l'étude des psychoses, qui a été entreprise avec tant de succès par l'école de Zurich. L'examen des idées spontanées qui se présentent au malade, s'il se soumet aux principales règles de la psychanalyse, n'est pas le seul moyen technique qui permette de sonder l'inconscient. Deux autres procédés conduisent au même but : l'interprétation des rêves et celle des erreurs et des lapsus. J'avoue m'être demandé si, au lieu de vous donner à grands traits une vue d'ensemble de la psychanalyse, je n'aurais pas mieux fait de vous exposer en détail l 'interprétation des rêves 8 . Un motif personnel et d'apparence secondaire m'en a détourné. Il m'a paru déplacé de me présenter comme un « déchiffreur de songes » avant que vous ne sachiez l'importance que peut revêtir cet art dérisoire et suranné. L'interprétation des rêves est, en réalité, la voie royale de la connaissance de l'inconscient, la base la plus sûre de nos recherches, et c'est l'étude des rêves, plus qu'aucune autre, qui vous convaincra de la valeur de la psychanalyse et vous formera à sa pratique. Quand on me demande comment on peut devenir psychanalyste, je réponds : par l'étude de ses propres rêves. Nos détracteurs n'ont jamais accordé à l'interprétation des rêves l'attention qu'elle méritait ou ont tenté de la condamner par les arguments les plus superficiels. Or, si on parvient à résoudre le grand problème du rêve, les questions nouvelles que soulève la psychanalyse n'offrent plus aucune difficulté. Il convient de noter que nos productions oniriques — nos rêves — ressemblent intimement aux productions des maladies mentales, d'une part, et que, d'autre part, elles sont compatibles avec une santé parfaite. Celui qui se borne à s'étonner des illusions des sens, des idées bizarres et de toutes les fantasmagories que nous offre le rêve, au lieu de chercher à les comprendre, n'a pas la moindre chance de comprendre les productions anormales des états psychiques morbides. Il restera, dans ce domaine, un simple profane... Et il n'est pas paradoxal d'affirmer que la plupart des psychiatres d'aujourd'hui doivent être rangés parmi ces profanes ! Jetons donc un rapide coup d'œil sur le problème du rêve. D'ordinaire, quand nous sommes éveillés, nous traitons les rêves avec un mépris égal a celui que le malade éprouve à l'égard des idées spontanées que le psychanalyste suscite en lui, Nous les vouons à un oubli rapide et complet, comme si nous voulions nous débarrasser au plus vite de cet amas d'incohérences. Notre mépris vient du caractère étrange que revêtent, non seulement les rêves absurdes et stupides, mais aussi ceux qui ne le sont pas. Notre répugnance à nous intéresser à nos rêves s'explique par les tendances impudiques et immorales qui se manifestent ouvertement dans certains d'entre eux. — L'antiquité, on le sait, n'a pas partagé ce mépris, et aujourd'hui encore le bas peuple reste curieux des rêves auxquels il demande, comme les Anciens, la révélation de l'avenir. Je m'empresse de vous assurer que je ne vais pas faire appel à des croyances mystiques pour éclairer la question du rêve ; je n'ai du reste jamais rien constaté qui confirme la valeur prophétique d'un songe. Cela n'empêche pas qu'une étude du rêve nous réservera de nombreuses surprises. D'abord, tous les rêves ne sont pas étrangers au rêveur, incompréhensibles et confus pour lui.